Angélique Villeneuve

Jeudi 7 mars 2013
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Angélique Villeneuve

Angélique Villeneuve pub­lie en 2010 aux édi­tions Phébus, Grand Paradis, roman trou­ble où, grâce à une vieille photo, une femme part sur les traces de son aïeule, soignée pour hys­térie à la Salpêtrière. C’est à nou­veau une his­toire indi­ci­ble que déplie à mots retenus Un ter­ri­toire (Phébus, 2012) . Celle d’une femme « vidée des autres », sans nom ni prénom, qui vit recluse dans un cagibi. Elle n’en sort que pour nour­rir deux enfants devenus adultes, qui la mar­tyrisent. Elle trouve pour­tant sa dig­nité dans le presque rien, dans l’ordonnancement quo­ti­dien du ter­ri­toire. Un jour, le tissu serré de l’amnésie en vient à se déchirer et laisse peu à peu fil­trer des lueurs du passé.

Extrait de Un ter­ri­toire :

Elle repense sou­vent à l’enfance, quand le Père, la Mère et la Sœur étaient là, partageant le même ter­ri­toire, détachés d’elle et liés tout à la fois par les événe­ments, par l’espace et la nour­ri­t­ure. L’air qu’ils res­pi­raient. Les objets qu’ils con­nais­saient tous et touchaient sans y penser, les uns après les autres, y aban­don­nant les traces invis­i­bles de doigts qui venaient là se mêler. Elle se sou­vient des choses, elle est la seule, devine que c’est impor­tant de ne pas oublier. En tout cas pas tout.
Autrefois par exem­ple, quand sa cham­bre était encore à l’étage, elle pos­sé­dait un couvre-lit, rien qu’à elle, reçu à Noël avant qu’elle ait dix ans. Bleu avec, courant tout autour, une bor­dure de den­telle.
Elle l’adorait.
Chaque matin, elle le remon­tait sur l’oreiller puis le lis­sait par-dessus les draps, par-dessus la cou­ver­ture, par­fois y jetant les deux bras, comme l’embrassant sur toute sa largeur bleu pâle, comme nageant.
C’était beau. C’était très beau, elle se dis­ait.
Son couvre-lit était un lac, gon­flée d’une eau pétri­fiée. Elle restait debout à côté, longtemps, un sourire aux lèves. Son couvre-lit voulait dire son silence, celui qui, de temps en temps, clapotait dans sa tête. Ses mains alors ne ser­vaient plus, dis­parais­saient dans la con­tem­pla­tion. Son corps en entier. Elle tour­nait le dos au reste de la pièce et fai­sait face à la fenêtre par laque­lle, à l’époque, on aperce­vait encore le grand cerisier, plein de feuilles et de légers mou­ve­ments d’oiseaux.
Derrière elle, à un mètre ou à peine davan­tage, le lit de la Sœur.

Un ter­ri­toire, p.19

 

RENCONTRES

Dimanche 14 avril – 10h30
Petit Angle
Dimanche 14 avril – 14h
Petit Angle
Dimanche 14 avril – 16h
Maison de l’International

SIGNATURE

Dédi­caces des auteurs ven­dredi,
samedi ou dimanche
sous le cha­pi­teau du Jar­din de ville

BIBLIOGRAPHIE

Un ter­ri­toire, Phébus, 2012

A la recherche du paon perdu,
Les Grandes per­son­nes, 2011

Grand Paradis, Phébus, 2010

Ne plus y penser, Panama, 2005

Âge men­tal, Denoël, 2001

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